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<title>Last posts on orhan pamuk</title>
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<name>Ratatosk</name>
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<title>Littérature turque : religion, géopolitique, identité - Entretien avec Apollinaria Avrutina</title>
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<updated>2021-05-03T13:50:32+02:00</updated>
<published>2021-05-03T13:50:32+02:00</published>
<summary>          Littérature turque : religion, géopolitique, identité...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6254183&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://euro-synergies.hautetfort.com/media/00/00/748419267.jpg&quot; alt=&quot;shutterstock_721552321.jpg&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 24pt; font-family: 'arial black', sans-serif; color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Littérature turque : religion, géopolitique, identité&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; font-family: 'arial black', sans-serif; color: #99cc00;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Entretien avec Apollinaria Avrutina, turcologue à Saint-Pétersbourg&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt; font-family: 'arial black', sans-serif;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999;&quot;&gt;Propos recueillis par Daniil Avdeev&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: 'arial black', sans-serif;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999;&quot;&gt;Ex&amp;nbsp;: &lt;a style=&quot;color: #999999;&quot; href=&quot;https://www.geopolitica.ru/&quot;&gt;https://www.geopolitica.ru/&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;L'art - la conscience de soi de la société.&lt;/span&gt; À travers le prisme de la littérature, nous apprenons comment une nation se voit et voit ses voisins, ce en quoi elle croit, ce qu'elle pleure et ce qu'elle espère. C'est pourquoi, dans notre conversation avec Apollinaria Avrutina, docteur en philologie, éminente spécialiste russe de la philologie turque et directrice du ‘’Centre pour la Turquie moderne et les relations russo-turques’’ à l'université d'État de Saint-Pétersbourg, nous parlerons de la littérature turque, un pays qui prend actuellement de plus en plus de poids sur la scène géopolitique mondiale.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;La Turquie publiera bientôt la première collection complète des œuvres de Léon Tolstoï en turc. D'une manière générale, notre grand compatriote a toujours été aimé par l'intelligentsia turque et n'a pas été trop accepté par les dirigeants &quot;de droite&quot; de ce pays. Ainsi, dans la préface de la première édition du roman &lt;em&gt;Anna Karénine,&lt;/em&gt; l'éditeur s'est plaint que la traduction n'ait pas vu le jour pendant plus de 20 ans parce que c’est un texte faisant la promotion des valeurs occidentales et du christianisme. Cependant, sous le règne d'Atatürk, de nombreuses œuvres de l'écrivain ont été publiées, notamment son récit &lt;em&gt;Le&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Père Serge,&lt;/em&gt; qui tient presque du manifeste. Et maintenant, une collection complète d'œuvres, y compris des notes et de la correspondance, en plus des romans, des nouvelles et des paraboles. Comment et dans quelle mesure notre littérature russe a-t-elle influencé les figures littéraires turques au siècle dernier?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Je suppose que l'influence de Tolstoï (en particulier) sur la littérature turque moderne est très grande, et qu'elle se lit dans presque tous les auteurs turcs modernes considérés comme plus ou moins classiques. En fait, Tolstoï est publié en masse en Turquie, et l'a toujours été (du moins dans la seconde moitié du 20&lt;sup&gt;ème&lt;/sup&gt; siècle). La première traductrice turque de Tolstoï vivait à Istanbul - elle s'appelait Olga Lebedeva - et elle avait écrit un merveilleux ouvrage sur l'histoire de la littérature russe, en langue turque. Elle correspondait avec Tolstoï. Mais elle a oublié d'inclure Dostoïevski dans son anthologie, la première anthologie de littérature russe en Turquie - curieusement - alors que Dostoïevski était déjà très populaire en Russie à cette époque. Lorsque nous examinons la littérature turque du 20&lt;sup&gt;ème&lt;/sup&gt; siècle, en particulier - à partir du milieu de celui-ci (les années 50) et au-delà - nous voyons les œuvres d'écrivains tels que Ahmet Hamdi Tanpınar et Orhan Pamuk, qui ont été traduites en russe. Chacun de ces auteurs veut imiter les œuvres de Tolstoï, mais à sa manière. Les deux auteurs ont les &quot;notes&quot; de Tolstoï et les pensées de Tolstoï. Tanpinar est appelé le ‘’Tolstoï turc’’, car il a emprunté de nombreuses idées à Léon Tolstoï, et son roman &lt;em&gt;A Mind at Peace,&lt;/em&gt; publié en russe en 2018, en est d'ailleurs la preuve la plus évidente. Il dépeint la société (turque) dans l'entre-deux-guerres, après le mouvement de libération. Tout ce qui est décrit fait penser à &lt;em&gt;Guerre et Paix,&lt;/em&gt; en fait: l'histoire de gens ordinaires avec en toile de fond les changements tectoniques qui se produisent dans la société. Il n'y a probablement pas grand-chose à dire sur l'amour d'Orhan Pamuk pour Tolstoï, et il a lui-même déclaré que Tolstoï est l'un de ses principaux maitres en littérature (d'ailleurs, il a aussi comme l'un de ses principaux professeurs de littérature, Tanpinar). Les nombreuses références de Pamuk à Tolstoï dans ses œuvres sont bien connues. Il suffit de dire qu'il a écrit son roman &lt;em&gt;Le musée de l'innocence&lt;/em&gt; comme un &lt;em&gt;Anna Karénine&lt;/em&gt; turc: il voulait aussi écrire un manuel sur son époque, un &quot;musée&quot; de son temps.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;Après tout, Tolstoï n'était plus seulement un grand écrivain russe, mais un maillon important de la tradition littéraire mondiale, y compris de la tradition occidentale. Ici, je pense qu'il serait approprié de poser la question: peut-on généralement qualifier la littérature turque moderne d'originale, ou essaie-t-elle généralement de suivre les tendances et les courants du monde ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Il me semble que la littérature turque est orientée vers la littérature russe. De plus, au milieu du vingtième siècle, elle était orientée vers la littérature française avec son modernisme - elle était, en général, empruntée aux Français. Mais à part cela, dans l'ensemble, elle est extrêmement originale. Mais si nous regardons le travail des jeunes écrivains contemporains, nous voyons dans chacun d'eux les traits de Tolstoï ou de Dostoïevski. Ces deux écrivains (qui, soit dit en passant, font partie du programme scolaire en Turquie et sont recommandés par le ministère de l'éducation en tant que lecture obligatoire pour les collégiens) ont une énorme influence sur les auteurs turcs. Avant-hier encore, j'ai participé à un débat animé par l'écrivain turc Defne Suman. Cette soirée littéraire était basée sur sa lecture du roman &lt;em&gt;Anna Karénine.&lt;/em&gt; Nous étions réunis autour de ‘’Zoom’’, il y avait des traducteurs du monde entier - et il y avait beaucoup d'écrivains, beaucoup de traducteurs et de turcologues - et donc nous discutions du roman &lt;em&gt;Anna Karénine,&lt;/em&gt; ou plutôt, les Turcs en discutaient, et j'écoutais avec curiosité.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;J'espère que je n'irai pas à l'encontre de la vérité en disant que votre vie est en partie consacrée à l'écrivain Orkhan Pamuk...&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Je ne dirais pas cela: je traite avec de nombreux écrivains, je promeus le travail des écrivains russes en Turquie et j'essaie de traduire autant de textes différents que possible. Au contraire, une partie de ma vie est consacrée à la littérature turque, mais pas toute.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6254184&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://euro-synergies.hautetfort.com/media/00/00/1613125953.jpg&quot; alt=&quot;1728.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;Je veux dire, vos noms sont souvent à côté l'un de l'autre.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Eh bien, oui, parce que j'ai traduit la plupart de ses romans et l'ai fait venir en Russie à plusieurs reprises. C'est vrai.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;Qu'est-ce qui pourrait attirer un turcologue spécialisé vers cet auteur ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Eh bien, un turcologue spécialisé est attiré par une variété de textes turcs, une variété de romans. Lorsque j'étais à l'université, nous avions l'habitude de lire uniquement Orhan Pamuk: principalement &lt;em&gt;Le Château blanc,&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Le livre noir&lt;/em&gt; - en turc, comme lecture à domicile. Mais maintenant les étudiants lisent d'autres romans car, à part Pamuk, il y a beaucoup de bons auteurs turcs, connus dans le monde entier. Donc nous ne nous limitons plus à Pamuk maintenant. Bien que son prix Nobel ait renforcé la position de la littérature turque dans le monde.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;En parlant de gloire internationale. Il y a une opinion selon laquelle la &quot;communauté mondiale&quot; essaie de faire pression sur la Turquie à travers la figure de cet écrivain. En général, la relation de cet homme avec le gouvernement turc est un sujet long et controversé. Qu'avez-vous à dire concernant ces allégations ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Citez-moi au moins un écrivain populaire, dont les opinions sont en accord avec le cours de l'État. Il n'y a pas de pression sur le pouvoir via la figure d'Orhan Pamuk et il n'y en aura jamais. De plus, si la communauté internationale tente d'exercer une pression sur les autorités turques par l'intermédiaire de Pamuk, ce dernier aura des ennuis. La Turquie est stricte à ce sujet: personne ne se promène avec des lanternes et des drapeaux. De plus, Pamuk lui-même dit toujours (avant toute interview, par exemple): &quot;Nous ne parlons en aucun cas de politique, je ne parle pas de politique. Ces dernières années, surtout après son procès très médiatisé de 2005, il a essayé de se distancer le plus possible de la politique et de ne pas s'y impliquer de quelque manière que ce soit.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;En général, vous savez, il existe une attitude très ambivalente à son égard en Turquie, beaucoup de gens le considérant comme un traître pour ses opinions libérales. L'attitude négative prévaut; de nombreux Turcs le qualifient de &quot;traître à la patrie&quot; (en turc, cela ressemble à &lt;em&gt;vatan haini).&lt;/em&gt; En même temps, Orhan Pamuk lui-même aime son pays natal, aimerait vivre en Turquie (où il vit maintenant la plupart du temps) et ne veut pas &quot;jouer avec le feu&quot; dans ces questions. Il veut continuer à vivre dans son pays natal.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6254185&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://euro-synergies.hautetfort.com/media/01/01/1051528945.jpg&quot; alt=&quot;81BeJjlvnyL.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Cela dit, les Turcs l'apprécient en tant que figure culturelle. Il y a une double attitude très étrange envers Pamuk. D'un côté, beaucoup de gens le détestent. En revanche, lorsque Pamuk va prendre un verre au restaurant et marche dans la rue, les gens s'écartent et s'inclinent presque devant lui. Tout le monde le traite avec respect et est (en partie) fier qu'il vive dans le quartier, dans le même bâtiment qu'eux.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;Peut-on dire que les autorités et le peuple turcs modernes sont intéressés à faire entendre la voix de leur littérature à l'étranger ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Oui, ils le sont. Le gouvernement turc fait beaucoup pour cela. Le ministère de la culture de la République de Turquie a un projet spécial pour soutenir et promouvoir la littérature turque dans le monde. Et la littérature turque traduite est assez populaire; en outre, certains écrivains turcs essaient d'écrire en anglais (ils sont ensuite traduits en turc). En général, il s'agit d'une tendance globale chez les auteurs orientaux. C'est à peu près comme ça que Nabokov l'a fait aussi&amp;nbsp;: ce Russe écrivait en anglais. Par exemple, Khaled Hosseini écrit en anglais, Elif Shafak écrit en anglais, et ainsi de suite...&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;La tendance au néo-ottomanisme et au pan-turquisme est de plus en plus visible en Turquie aujourd'hui. Ces idéologies ont-elles leurs &quot;hérauts&quot; parmi les écrivains turcs modernes?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Je dirais que le panturquisme n'est pas le bienvenu en Turquie, bien qu'il y soit présent. Les cercles dirigeants le soutiennent &quot;point par point&quot; lorsqu'il leur est favorable. Quant à la politique du pan-turquisme, elle est bien sûr présente. Nous sommes probablement très semblables à la Turquie à cet égard. La Turquie représente l'ancien grand empire ottoman et la Russie l'ancien grand empiredes Tsars et des Soviets. Dans les deux pays, les souvenirs du grand passé impérial sont très vivants. Il y a une attitude face à la réalité depuis la position majestueuse de &quot;Seigneur du monde&quot; (enfin, de la moitié du monde, au moins). À une époque, la Turquie était désireuse de rejoindre l'Europe, l'Union européenne, désir dont il est d'ailleurs beaucoup question dans les livres de Pamuk (par exemple, dans &lt;em&gt;D’autres couleurs).&lt;/em&gt; Aujourd'hui, les Turcs se moquent de l'Europe et de l'Union européenne. Ils croient en leur propre voie, en leur propre mission, en leur propre idée.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6254186&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://euro-synergies.hautetfort.com/media/01/02/1023876205.jpg&quot; alt=&quot;d-autres-couleurs_bv_435171.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Et je ne dirais pas qu'il y a des &quot;idéologues panomaniaques&quot; parmi les écrivains. Il y a des auteurs qui écrivent sur le pan-ottomanisme, mais dans la fiction, il s'agit plutôt d'une forme de fiction, par exemple, une histoire sur des événements dans le contexte de l'histoire de l'Empire byzantin, dans le contexte de l'histoire de l'Empire ottoman. Ce type de fiction est très populaire. Maintenant, en Turquie, les romans historiques sur la vie des sultans, la vie de la cour, des courtisans, des artistes sont très populaires. Mais je pense que ce n'est pas lié à l'idéologie du pan-ottomanisme. Il me semble que la littérature turque existe par elle-même et n'est orientée vers aucune des idéologies - ni celle d'Atatürk, ni celle du panturquisme, ni celle du pan-ottomanisme. Les écrivains turcs sont, bien sûr, dans l'ensemble, un &quot;point de convergence plutôt libéral&quot;. Ils sont largement orientés vers les pays occidentaux, dans une moindre mesure vers la Russie. Certains d'entre eux sont orientés vers leur passé, leur histoire, leur culture. Mais il n'y a pas de pression idéologique.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;On peut donc dire que dans la littérature turque, l'élément national s'exprime plutôt à travers une sorte de ressentiment, une sorte de flair nostalgique ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Oui. En général, le concept de &lt;em&gt;hüzün&lt;/em&gt; - mélancolie, nostalgie - est celui de la nostalgie du passé révolu du grand empire. C'est quelque chose qui ressemble au &quot;désir russe&quot;.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;Comment peut-on caractériser l'identité des Turcs modernes? Quelle proportion de cette identité est turque? Et Quelle est la part &quot; ottomane &quot;? La part islamique?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Je l'appellerais Ottomane-islamique. Mais là encore, la société turque est très diverse. Il y a des gens qui sont très &quot;modernes&quot;, très &quot;européens&quot;. Et il y a des gens qui sont très traditionnels. La société est comme une courtepointe en patchwork; elle est très différenciée. Mais il est certain qu'il n'y a pas de personnes indifférentes. Les Turcs en général sont extrêmement passionnés.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;Dans les termes de la &quot;Noomachie&quot; d'Alexandre Douguine: quel est le ‘’Logos’’ de la Turquie? Léger, ascétique, apollonien, crépusculaire, esthétique, logos de Dionysos ou logos chthonique, logos de Cybèle (son sanctuaire est situé sur le territoire de la Turquie...) ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Vous savez, je réfléchis à cette question depuis longtemps. Apparemment, elle doit être apollinienne. Bien que l'islam turc ait toujours été très &quot;libéral&quot;, large, ouvert et pas aussi rigide que dans d'autres pays.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #ff6600;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;&quot;&gt;Au XXIe siècle, la sécularisation de la population en Turquie a été de plus en plus prononcée sous la pression de l'industrialisation. Par ailleurs, le gouvernement d'Erdogan est largement favorable à l'Islam. Comment la question de la religion se reflète-t-elle dans la littérature contemporaine de la Turquie?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #999999;&quot;&gt;Vous savez, je ne dirais pas que la Turquie se sécularise. Je dirais qu'il se passe la même chose en Turquie que ce qu'Orhan Pamuk a décrit dans son roman &lt;em&gt;Neige &lt;/em&gt;de 2006: &quot;nous sommes fiers de notre âme &quot;non-européenne&quot;, nous sommes fiers du fait que nous ne sommes pas européens. Nous sommes fiers de ne pas être comme vous, et nous n'allons pas enlever le &lt;em&gt;hijab&lt;/em&gt;: au contraire, nous le remettrons volontiers&quot;. Il me semble qu'à l'heure actuelle, la conscience religieuse de la société est très forte et qu'il existe un besoin aigu de foi parmi les masses. Il existe certes des &quot;îlots libéraux&quot;, mais je dirais qu'à l'heure actuelle, même l'élite, qui a toujours été plus ou moins orientée vers l'&quot;occidentalisation&quot;, s'est tournée vers l'Islam. J'en ai parlé plus d'une fois dans mes articles: cela se reflète parfaitement dans les œuvres d'Orhan Pa
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<title>L'impitoyable liberté de la lecture</title>
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<updated>2015-05-21T19:22:00+02:00</updated>
<published>2015-05-21T19:22:00+02:00</published>
<summary>    &quot;Un jour, j'ai lu un livre, et toute ma vie en a été changée. Dès les...</summary>
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&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #000000;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&quot;Un jour, j'ai lu un livre, et toute ma vie en a été changée. Dès les premières pages, j'éprouvai si fortement la puissance du livre que je sentis mon corps écarté de ma chaise et de la table devant laquelle j'étais assis. Pourtant, tout en ayant l'impression que mon corps s'éloignait de moi, tout mon être demeurait plus que jamais assis sur ma chaise, devant ma table, et le livre manifestait tout son pouvoir non seulement sur mon âme, mais sur tout ce qui faisait mon identité. Une influence tellement forte que je crus que la lumière qui se dégageait des pages me sautait au visage : son éclat aveuglait toute mon intelligence, mais en même temps, la rendait plus étincelante. Je crus que, grâce à cette lumière, je me referais moi-même, que je quitterais les chemins battus. Je devinai les ombres d'une vie que j'avais encore à connaître et à adopter. J'étais assis devant ma table ; dans un coin de ma tête, je savais que j'étais assis là, je tournais les pages et toute ma vie changeait alors que je lisais des mots nouveaux, des pages nouvelles ; je me sentais si peu préparé pour tout ce qui allait arriver, si désarmé qu'au bout d'un moment j'en détournai les yeux, comme pour me protéger de la force qui jaillissait des pages. Je remarquai alors avec terreur que le monde autour de moi était entièrement transformé et je fus envahi par un sentiment de solitude inconnu jusque-là. A croire que je me retrouvais tout seul, dans un pays dont j'ignorais la langue, les coutumes et la géographie.&quot;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #000000;&quot;&gt;Cette édifiante page d'Orhan Pamuk, tirée de &lt;em&gt;La Vie nouvelle&lt;/em&gt;, est bien plus qu'un plaidoyer pour la lecture. Elle donne la mesure de ce qui, en elle et par elle, est irréductible au monde fonctionnel, pratique et fermé auquel une idéologie technicienne et rentabiliste veut nous assujettir. La solitude évoquée par l'écrivain turc est effectivement l'insoutenable liberté prise par le lecteur devant l'agitation du monde. Plus qu'une porte de sortie, une ligne de fuite, ou une ouverture, c'est un droit au retrait, le &lt;em&gt;non possumus&lt;/em&gt; devant l'inclusion forcée à être du grand cirque contemporain.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #000000;&quot;&gt;Dans le fond, le lecteur est le pire ennemi de la vie présente (laquelle est d'abord absente, puisqu'elle veut supprimer le socle de la présence à soi-même). Il est le résistant par excellence. Non pas du fait d'une quelconque puissance idéologique de la littérature, ce que le vernis gaucho-marxiste appelle son engagement. Rien de plus morte que la littérature engagée... Mais parce que la lecture est l'expérience de l'individu sans l'individualisation, c'est l'histoire de soi sans le narcissisme. Je lis : je ne pense pas à moi, dans l'intérêt de mon souci nombriliste. Je lis : je suis loin, ne devant plus rien qu'à l'histoire à laquelle je me voue, qu'à la pensée que j'écoute et à ses articulations. Vous pouvez être là, à quelques encablures mais la distance est d'un autre ordre. La lecture ne me libère pas. Elle me soustrait. Et cette opération, depuis longtemps insupportable aux régimes totalitaires, l'est devenue tout autant des régimes dits démocratiques. Les premiers brûlaient les livres. Les seconds veulent en faire une simple manne financière, d'où la médiocrité contemporaine. Et pour que cette médiocrité progresse, ils détruisent la langue, et la langue si belle de la plus haute littérature devient incompréhensible, élitiste, obsolète, que sais-je encore. On avait modernisé Montaigne. Une misère. Désormais on étend la littérature de gare, celle qui peut se lire sans que vous ne soyez un être oublieux de ce qui l'entoure, qui n'en feriez qu'un décor futile et grotesque, on étend cette littérature à tout, des collèges (et sa fameuse littérature de jeunesse) aux épanchements des stars, dans des pseudo émissions faites pour vendre des &lt;em&gt;bouquins&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #000000;&quot;&gt;Le lecteur, d'une certaine manière, est l'ennemi suprême de la démocratie ultra-libérale et du progressisme de gauche esclave du marché. Il est le barbare ultime pour le pouvoir parce qu'il a en lui la haine intime du pouvoir intrusif qui aujourd'hui se met en place. Il n'est pas l'inutile, il est le danger. Non pas à la manière dont l'exécrable Voltaire le voyait, lui qui est un des piliers de notre proche disparition, mais selon le principe fatal que le pire ennemi n'est pas celui qui vous hait mais celui qui n'a pas besoin de vous...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large; font-family: arial, helvetica, sans-serif; color: #000000;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<name>kl loth</name>
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<title>La ville comme remède à nos souffrances intérieures (Orhan Pamuk)</title>
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<updated>2011-08-27T14:17:00+02:00</updated>
<published>2011-08-27T14:17:00+02:00</published>
<summary>    &quot;Pour ma part, je n'étais pas préparé à la tristesse, prix à payer pour...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #744351;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&quot;Pour ma part, je n'étais pas préparé à la tristesse, prix à payer pour voir la ville ; peut être même que, grâce à l'enfant joueur et heureux qui sommeillait en moi, j'étais la personne d'Istanbul la plus éloignée de la tristesse ; aussi je ne voulais pas m'habituer à ce sentiment et, au fur et à mesure que j'en sentais en moi la présence, je ne l'admettais pas, je courais inquiet et souhaitais me réfugier dans la seule « beauté » d'Istanbul. Comment donc la beauté d'une ville, la richesse de son histoire ou bien ses mystères pourraient-ils être des remèdes à nos souffrances intérieures ? Peut être aussi que la ville où nous vivons, tout comme notre famille, nous l'aimons parce que nous n'avons pas d'autre solution ! Mais il faut inventer les lieux et les raisons à venir de notre amour pour elle.&quot;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #744351;&quot;&gt;(Orhan Pamuk, &lt;em&gt;Istanbul. Souvenirs d'une ville&lt;/em&gt;, Gallimard, traduit du turc par Samas Demirel, Valérie Gay-Aksoy et Jean-François Pérouse, 2007, pp. 418-419)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Voilà qui donne à réfléchir… J'y reviendrais probablement pour développer ce que j'en pense à partir de mon expérience…&lt;/p&gt;
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<title>Le Musée de l'Innocence (Orhan Pamuk)</title>
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<updated>2011-07-29T13:03:00+02:00</updated>
<published>2011-07-29T13:03:00+02:00</published>
<summary>     &quot;C'est en visitant le musée de Castelvecchio à Vérone, en gravissant les...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;img style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; src=&quot;http://ecx.images-amazon.com/images/I/51jOGxD%2BD8L._SL75_.jpg&quot; alt=&quot;51jOGxD%2BD8L._SL75_.jpg&quot; /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999;&quot;&gt;&quot;C'est en visitant le musée de Castelvecchio à Vérone, en gravissant les marches et en voyant la lumière tomber comme un voile de soie sur les sculptures grâce à l'architecte Carlo Scarpa que pour la première fois je perçus clairement à quoi pouvait être dû le bonheur que me procuraient les musées&amp;nbsp;: cela tenait non seulement à leurs collections mais aussi à l'équilibre dans la disposition des images et des objets. Mais à Berlin, le bâtiment Martin Gropius qui abrita un temps le musée des Arts décoratifs m'enseigna que le contraire aussi pouvait être exact&amp;nbsp;; avec de l'intelligence et de l'humour n'importe quel objet pouvait être collecté, il fallait conserver tout ce que nous aimions et chaque chose concernant ceux que nous aimions&amp;nbsp;; même si nous n'avions ni maison ni musée, la poésie de la collection que nous avions constituée serait la demeure de ces objets.&quot;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;(Orhan Pamuk,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Musée de l'Innocence&lt;/em&gt;, Gallimard, coll. du Monde entier, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, 2011,&amp;nbsp;p.&amp;nbsp;628)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Aux environs de 1974, &lt;a title=&quot;Christian Boltanski&quot; href=&quot;http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-boltanski/ENS-boltanski.htm&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Christian Boltanski&lt;/a&gt; réalise une série d'&lt;em&gt;inventaires&lt;/em&gt;, livre et installations, présentations d'objets souvent dérisoires, qui posent la douloureuse question : que reste-t-il d'une personne après sa mort ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;À cette période également, l'art contemporain explore la thématique des &lt;em&gt;musées personnels&lt;/em&gt;, des &lt;em&gt;&lt;a title=&quot;mythologies individuelles dans l'art contemporain&quot; href=&quot;http://www.institutfrancais.com/adpf-publi/folio/art/04.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;mythologies individuelles&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Dans &lt;em&gt;Le Musée de l'Innocence&lt;/em&gt;, dont la traduction est récemment parue en France, &lt;a title=&quot;Orhan Pamuk&quot; href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Orhan_Pamuk&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Orhan Pamuk&lt;/a&gt; narre&amp;nbsp;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot;&gt;une histoire d'amour et son relatif ratage qui amène le personnage principal, faute d'autres contacts, à dérober et collectionner les objets touchés par la femme qui l'obsède, Füzun (incarnation du &lt;em&gt;Hüzün&lt;/em&gt;, forme stambouliote de la mélancolie ?)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;À la mort de celle-ci il explore peu à peu le monde des collectionneurs et des musées de par le monde, surtout les plus petits, les plus personnels, tel celui du peintre &lt;a title=&quot;musée du peintre Gustave Moreau à Paris&quot; href=&quot;http://www.musee-moreau.fr/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Gustave Moreau à Paris&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Il est à noter que Pamuk lui-même confectionne actuellement ce musée, faisant basculer dans le monde réel la fiction décrite dans le livre. Les objets concrétisant alors des personnages fictifs. Pamuk se rapproche ainsi fortement des préoccupations de l'art contemporain.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;En tout cas, le récit, s'appuyant souvent sur les objets et les lieux, déploie sur plusieurs centaines de pages,&amp;nbsp;les multiples détails de la vie quotidienne stambouliote,&amp;nbsp;observés avec une acuité et un intérêt communicatifs, ainsi que les subtiles variations des tourments du narrateur, en proie à un amour ravageur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Passionnant&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Pour ma part, j'ai lu ce livre avec un intérêt d'autant plus grand que j'y ai retrouvé nombre&amp;nbsp;de points de convergence avec des préoccupations à l'œuvre dans le travail poursuivi dans le cadre des &lt;em&gt;&lt;a title=&quot;Ouvrages de Jeune Fille Recluse par Catherine Loth&quot; href=&quot;http://www.kl-loth.com/JFR-introduction2009.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Ouvrages de Jeune Fille Recluse&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, même si la situation narrative est différente.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Par exemple,&amp;nbsp;l'intérêt pour musée et collections, la motivation du collectionneur, du conservateur, le type de personnalité concerné, et surtout la possibilité pour les objets de donner corps à un personnage fictif ou simplement absent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Ce livre touche au plus profond à des interrogations qui ont été, ou sont toujours les miennes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;&quot;Parfois... à partir d'un certain moment, la vie qui s'organise / qu'on organise comme un musée&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;gigantesque collection&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;rassemblement mise à l'abri de tous les souvenirs, de tous les objets auxquels s'est attachée -&amp;nbsp;ne serait-ce qu'un instant&amp;nbsp;- la pensée (sous forme de désir par exemple...)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;et puis aussi tous les documents sur soi, sur les autres...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;courrier notes sur petits carnets... listes, comptes... dans un gigantesque grimoire... les armoires lorraines... meubles de famille&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;... l'amas matériel de toute une vie...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;peut-être parfois un désir de tout pervertir, falsifier... peut-être que cela revient au même...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;et les saccageurs qui détruisent tout&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;libération ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;sentiment d'une mutilation&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;dissolution de l'existence -&amp;nbsp;d'un morceau du passé...&quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #999999; font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;(&lt;a title=&quot;Ouvrages de Jeune FIlle Recluse par Catherine Loth&quot; href=&quot;http://www.kl-loth.com/JFR-3-newversion2009.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;C. Loth, &lt;em&gt;Ouvrages de Jeune Fille Recluse&lt;/em&gt;, 1976-79&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;hr /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;Quelques articles :&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;—&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt; &lt;a title=&quot;Orhan Pamuk par Nelly Kapriélan&quot; href=&quot;http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/62036/date/2011-03-26/article/pour-toujours/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Nelly Kapriélan, &quot;&lt;em&gt;Le Musée de l'Innocence&lt;/em&gt;, un grand roman d'une beauté à couper le souffle&quot;, lesinrocks.com, 26/03/2011&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;— &lt;a title=&quot;Interview d'Orhan Pamuk par Nelly Kapriélan&quot; href=&quot;http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/63065/date/2011-04-19/article/aux-innocents-les-coeurs-pleins/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Nelly Kapriélan, &quot;Orhan Pamuk : « L'amour est devenu un ready-made que chaque amant doit avaler »&quot;, lesinrocks.com, 19/04/2011&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;— &lt;a title=&quot;entretien avec Orhan Pamuk&quot; href=&quot;http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/40998/date/2009-10-22/article/orhan-pamuk-jecris-pour-me-sauver/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Orhan Pamuk : &quot;J'écris pour me sauver&quot; (entretien), lesinrocks.com, 22/10/2009&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;— &lt;a title=&quot;à propos d'Orhan Pamuk sur le blog Musée-Oh&quot; href=&quot;http://www.musee-oh.com/article-le-musee-de-l-innocence-de-orhan-pamuk-aux-editions-gallimard-79766725.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&quot;« Le Musée de l'Innocence » de Orhan Pamuk aux éditions Gallimard&quot;, blog Musée-Oh, 19/07/2011&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;— &lt;a title=&quot;Le Musée de l'Innocence par Nathalie Crom sur Télérama&quot; href=&quot;http://www.telerama.fr/livres/orhan-pamuk,67105.php&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&quot;&lt;em&gt;Le Musée de l'Innocence&lt;/em&gt;. Orhan Pamuk&quot;,&amp;nbsp;Nathalie Crom,&amp;nbsp;Télérama n° 3194, 02 avril 2011&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;—&amp;nbsp;&lt;a title=&quot;Le Musée de l'Innocence d'Orhan Pamuk par Chloé Brendlé du Magazine Littéraire &quot; href=&quot;http://www.magazine-litteraire.com/content/critique-fiction/article?id=19146&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Chloé Brendlé, &quot;&lt;em&gt;Le Musée de l'Innocence&lt;/em&gt;, d'Orhan pamuk, Le Magazine Littéraire,&amp;nbsp;27/04/2011&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;span class=&quot;Apple-style-span&quot; style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;— &lt;a title=&quot;Orhan Pamuk prix Nobel 2006&quot; href=&quot;http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/2006/pamuk.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Autobiographie d'Orhan Pamuk sur le site du Prix Nobel&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;et la référence du livre :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: verdana, geneva;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Orhan Pamuk,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Musée de l'Innocence&lt;/em&gt;, Gallimard, coll. du Monde entier, traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy, 2011&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-small;&quot;&gt;© kl loth 2011&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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